La quiddité d'Aristote 

Les 40 mètres de dénivelé du jardin sont structurés en faÿsses jusqu’aux limites cadastrales suggérées depuis des siècles par la topographie naturelle du terrain. 

Elles suivent un val tortueux encombré de pierres de murs déchus et de blocs de grès épargnés par les bâtisseurs du 19ème siècle. Les eaux des équinoxes jouent avec eux et à peine après les avoir salués, les abandonnent pour retrouver celles qui empruntent d’autres brèches vers le fleuve Ardèche. 

Les escaliers qui bordaient ce dédale ne sont plus fonctionnels et je ne sais pas un millième de ce que les eaux apprennent en sautant de bloc en bloc. 

C’est à la conjonction du hasard, car il n’y avait dans mon ascension aucune perspective de découverte et à l’éveil permanent de mon œil que je dois la découverte de cette pierre étrange par son anthropomorphisme. Nez, front, naissance de la bouche, mais surtout l’œil, et leurs proportions interpellent. 

Je me suis alors demandé s’il y avait d’autre choses à connaître à propos de cet objet. 

Les algorithmes m’ont conduit vers la théorie métaphysique de l’hylémorphisme d’Aristote. Elle précise que tout objet procède de la rencontre d’une matière et d’une forme et que c’est la forme qui lui donne sa qualité essentielle. 

« Quid sit ? » Qu’est-ce que c’est ? 

Quelle est la qualité essentielle de cette sculpture manifestement produite par la nature au terme d’une somme de chocs, de frottements, de gels et de dégels, d’imprégnations et de séchages, de rencontres avides de ce dont elle est composée, de chocs thermiques, et in fine de sa rencontre avec un être vivant doté de conscience, de sens du beau, de sens du sacré, doté du Verbe. 

Cet objet ne serait-il pas là seulement pour me faire parler de son histoire qui est aussi un peu la nôtre ? 

À moins qu’il n’ait joué le rôle d’un cairn sur le chemin de l’hylémorphisme et de la quiddité.