KAPT
Un Pôle National de la Traçabilité a été créé sous la forme associative en 2002 à Valence.
La forme associative ne dispense pas de respecter les critères de succès classiques en matière de création d’entreprise. Je me rappelle fort bien avoir porté un regard dubitatif sur la manière dont le projet était initié. Elle ne correspondait pas du tout à mes propres critères.
Elle était financée pour un tiers par la ville de Valence (150 000 €), un tiers par le département de la Drôme et un tiers par la région.
La nouvelle municipalité élue en 2008, m’avait invité à un échange sur le sujet une dizaine d’années plus tard, en 2011. J’avais accepté de donner un avis à condition que ce soit dans le cadre d’un contrat en bonne et due forme ; ce qui fut fait.
J’avais en effet plusieurs fois été échaudé par des consultations informelles dont on avait parfois fait usage de manière inadéquate. En signant un contrat, la collectivité assumait sa demande et de mon côté j’assumai mes analyses et préconisations.
Ma première préoccupation fut de rechercher les entreprises dont l’existence pouvait être rattachée à l’écosystème créé par le pôle. Valence serait-elle le lieu d’émergence de start-ups de la traçabilité comme les créateurs du Pôle pouvaient l’espérer ?
Je n’en trouvais qu’une à rencontrer (3 personnes, y compris un stagiaire) et aucune publiant régulièrement ses comptes.
Les collectivités engagées dans ces financements hasardeux décidèrent promptement de couper les vivres et le dépôt de bilan fut prononcé fin 2011.
Mais j’avais appris au passage l’existence de KAPT à l’occasion de mes investigations.
Créée en 2008, cette entreprise était un peu en quête de stratégie et notre échange en 2011 se traduisit par la décision de faire un bout de chemin ensemble.
Le projet de créer, pour les offices de tourisme, un outil de réservation les faisant échapper à la mainmise des sociétés comme Booking, Tripadvisor et consorts furent un échec. Le mode de fonctionnement de ces établissements est tellement dépendant des relations politiques qu’il n’y a paradoxalement que des prophètes en leur pays. Le poids des décideurs était le plus souvent supérieur au poids de l’avance technologique. Ainsi va la France.
J’ai accompagné mes conseils d’un investissement de 100 000 € en capital et j’ai interféré avec les mauvais conseils du cabinet comptable qui leur recommandait de mettre la clé sous la porte à un moment délicat de l’histoire de l’entreprise. J’avais seulement rappelé « que les cabinets de comptabilité avaient vocation à établir les comptes, le cas échéant à les commenter, mais pas à intervenir dans des conseils stratégiques ».
Depuis cet épisode, KAPT n’a fait que des exercices positifs.
Elle est aussi d’une certaine manière la vitrine d’une excellente initiative menée en coopération entre la ville de Valence et la Chambre de commerce : la création de l’ISAR devenu ensuite ESISAR.
Je suis très heureux du succès de cette entreprise animée par ce que l’on appelle des « belles personnes » qui plus est compétentes.
J’avais terminé mon rapport par cette affirmation :
« Je pense intimement que pour les collectivités comme pour les entreprises, la clé du succès est la différentiation. Or, avec la mondialisation, la différentiation sur un sujet économique ne peut pas être obtenue sans l’accès à des masses critiques ce qui exclut l’impact d’une structure à 450 000 € de budget. Lorsque c’est trop peu, c’est en réalité souvent trop.
Quel que soit le type d’initiative, cela rend nécessaire de ne choisir d’investir que dans des dispositifs à effet de levier, ou dans des niches à impact très local. Certains ont déjà appelé cette posture « démondialisation ».